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Chaise gaming ou siège de bureau : ce que disent les normes et l'ergonomie

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Une chaise gaming est un siège de bureau à dossier haut, dérivé formellement du baquet automobile. La forme baquet vient d’un contexte où le corps subit des accélérations latérales, ce qui n’arrive jamais devant un écran. Les flancs relevés de l’assise et du dossier, qui font l’identité visuelle du produit, n’apportent donc aucun bénéfice ergonomique et gênent parfois les personnes de forte corpulence.

Cela ne condamne pas la catégorie. Certaines chaises gaming sont d’excellents sièges de travail, d’autres sont des fauteuils décoratifs vendus avec un vocabulaire sportif. La différence se lit dans les réglages disponibles et dans la conformité à des normes vérifiables, pas dans le nombre de coutures contrastées.

Cette page donne les critères de tri, le cadre normatif applicable, les valeurs de réglage à viser et ce que la loi suisse exige d’un poste de travail.

La norme qui sert de référence : EN 1335

Le mobilier de bureau dispose d’une série normative dédiée, reprise dans le catalogue suisse.

La partie 1 spécifie les dimensions de quatre types de sièges de travail de bureau ainsi que les méthodes de mesure correspondantes. Elle définit ce qu’est un siège de type A, B, C ou D selon l’étendue de ses réglages (SN EN 1335-1, catalogue SNV).

La partie 2 fixe les exigences mécaniques de sécurité. Le point important est la base de dimensionnement : les exigences reposent sur un usage de huit heures par jour par une personne pesant jusqu’à 110 kg, et le texte précise que des conditions d’usage plus sévères imposent d’augmenter les exigences (SN EN 1335-2, catalogue SNV).

La partie 3 décrit les méthodes d’essai mécaniques pour la stabilité, la résistance et la durabilité, appliquées au siège entièrement assemblé et prêt à l’emploi (SN EN 1335-3, catalogue SNV).

La norme générale SN EN 1728 complète le dispositif avec des méthodes d’essai de résistance et de durabilité pour tous les types de sièges, indépendamment de l’usage prévu et des matériaux. Elle précise explicitement que les essais relatifs à l’ergonomie et au vieillissement n’y sont pas inclus (SN EN 1728, catalogue SNV).

Deux enseignements pratiques. D’abord, un siège qui revendique la conformité à l’EN 1335 a été mesuré et éprouvé selon des protocoles publics ; un siège qui ne mentionne aucune norme n’a rien à opposer. Ensuite, ces normes couvrent la sécurité et la durabilité mécaniques, pas le confort ressenti. Un siège conforme peut parfaitement être inconfortable pour votre morphologie.

Les mentions de charge maximale méritent une lecture attentive. Un fabricant annonçant une capacité de 150 kg au-delà d’une conformité EN 1335 fondée sur 110 kg doit pouvoir dire sur quel protocole cette valeur repose.

Le cadre légal suisse du poste de travail

Pour un poste professionnel, le sujet n’est pas seulement un choix de confort. La loi sur le travail impose un aménagement ergonomique des postes et des équipements de travail ainsi que de l’organisation du travail, afin de protéger le personnel des atteintes à la santé. Le SECO souligne que les risques pour l’appareil locomoteur demandent une attention particulière en raison de la fréquence des troubles musculosquelettiques en milieu professionnel (SECO, ergonomie et contraintes physiques).

Les exigences détaillées figurent dans l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, dont les articles 23 et 24 traitent respectivement des exigences générales et particulières applicables aux postes de travail. Le SECO publie un commentaire de ces articles portant sur les principes de l’aménagement ergonomique.

Concrètement, cela signifie qu’un employeur qui équipe un poste sédentaire ne peut pas se contenter d’un siège décoratif. Pour du télétravail, le SECO publie également des documents rappelant les dispositions applicables lorsque le travail s’effectue à domicile. Un salarié qui utilise une chaise gaming huit heures par jour à la maison relève des mêmes principes.

Pour un usage strictement privé, aucune de ces règles n’est contraignante. Elles restent le meilleur repère disponible, parce qu’elles ont été écrites à partir de données sur les troubles musculosquelettiques réels.

Les réglages qui comptent, par ordre d’importance

La liste ci-dessous est ordonnée par effet réel sur la posture, pas par argument de vente.

La hauteur d’assise

C’est le réglage fondamental et le seul que tous les sièges possèdent. Le repère usuel : pieds à plat au sol, cuisses proches de l’horizontale, angle entre le tronc et les cuisses légèrement supérieur à 90 degrés, et un espace de l’ordre de deux doigts entre le bord avant de l’assise et le creux du genou.

Le point à vérifier avant l’achat est l’amplitude, pas seulement la présence du réglage. Beaucoup de sièges couvrent 45 à 55 cm de hauteur d’assise. Une personne de moins de 1,60 m ou de plus de 1,90 m sort régulièrement de cette plage, et aucun autre réglage ne compense.

La profondeur d’assise

Sous-estimé et pourtant décisif. Une assise trop profonde force à avancer le bassin pour plier les genoux, ce qui décolle le dos du dossier et annule le support lombaire. Une assise trop courte concentre la pression sous les cuisses.

Sur les chaises gaming, l’assise est fréquemment fixe en profondeur, alors que les sièges de bureau de gamme équivalente proposent souvent un coulissement de 5 à 6 cm. C’est la différence la plus fréquente entre les deux familles et la plus pénalisante pour les petites tailles.

Le support lombaire

Le creux naturel du bas du dos doit être soutenu. Deux écoles : le coussin lombaire amovible sanglé, courant sur les chaises gaming, et le support intégré réglable en hauteur et en profondeur, courant sur les sièges de bureau.

Le coussin sanglé fonctionne s’il est positionné à la bonne hauteur, ce qui suppose de prendre le temps de le régler plutôt que de le laisser où il est arrivé. Son défaut est qu’il glisse et qu’il crée souvent une surépaisseur trop marquée pour un dos peu cambré.

Les accoudoirs

L’objectif est de soulager le poids des bras sans forcer les épaules. Réglés trop haut, ils remontent les épaules et créent des tensions cervicales ; trop bas, ils n’apportent rien et incitent à s’affaisser d’un côté.

Les nomenclatures 2D, 3D et 4D désignent le nombre d’axes de réglage : hauteur, largeur, profondeur, pivot. Trois axes suffisent dans la grande majorité des cas. Le critère le plus utile n’est pas le nombre d’axes mais la fermeté du verrouillage : un accoudoir qui bouge sous la charge est plus gênant qu’un accoudoir fixe.

Le mécanisme d’inclinaison

Le basculement synchrone, où le dossier et l’assise s’inclinent selon un rapport fixe, maintient la relation entre le tronc et les cuisses lorsqu’on se penche en arrière. C’est plus confortable qu’un simple dossier basculant, qui fait glisser le bassin vers l’avant.

La tension de basculement doit se régler selon le poids de l’utilisateur. Une tension mal réglée conduit soit à un dossier qui part en arrière au moindre appui, soit à un dossier qui ne bouge jamais, ce qui revient à payer un mécanisme inutilisé.

Le point souvent négligé : le mouvement est bénéfique. Un siège verrouillé en permanence dans une position, même parfaite, reste une position statique. Alterner entre appui vertical et appui incliné répartit les contraintes.

Le repose-tête

Utile lors des phases d’appui en arrière, inutile voire nuisible en position de travail penché vers l’avant, où il pousse la tête. Sur les chaises gaming, le repose-tête est souvent un coussin sanglé haut sur le dossier, qui devient gênant pour les personnes de petite taille.

Le revêtement, choix pratique plus qu’esthétique

Le simili-cuir polyuréthane domine le marché des chaises gaming. Il se nettoie d’un coup de chiffon, ce qui compte, et il chauffe. Sur une session longue en été, la transpiration au contact d’une surface non respirante est la première cause d’inconfort signalée. Son point faible est le vieillissement : les revêtements polyuréthane bon marché se craquellent et s’écaillent après quelques années, souvent d’abord sur les zones de frottement du bord avant d’assise.

Le tissu respire nettement mieux et vieillit plus dignement. Il absorbe en revanche les taches et demande un aspirateur régulier. Les tissus techniques à armure serrée offrent un bon compromis entre respirabilité et nettoyabilité.

Le maillage tendu, très répandu sur les sièges de bureau haut de gamme et rare sur les chaises gaming, ventile le mieux. Sa qualité dépend entièrement de la tension et du cadre : un maillage détendu crée un effet hamac inconfortable après deux ans.

Le cuir pleine fleur existe sur les modèles chers. Il dure, patine et coûte. Son entretien suit les mêmes règles que tout cuir d’ameublement, détaillées dans notre guide sur le nettoyage et l’entretien du cuir.

La mousse compte autant que le revêtement. Une mousse froide moulée de densité élevée conserve son épaisseur bien plus longtemps qu’une mousse découpée dans un bloc standard. L’affaissement de l’assise est la panne la plus courante et la moins réparable des sièges bon marché.

Ce qui casse, et dans quel ordre

Le vérin à gaz est la pièce qui lâche le plus souvent : le siège descend lentement sous le poids. Il se remplace pour quelques dizaines de francs, à condition que le cône de fixation soit standard, ce qui est le cas de la grande majorité des sièges. C’est une réparation accessible et sous-utilisée.

Les roulettes s’encrassent de cheveux et de poussière, puis rayent le sol. Elles sont presque toujours standardisées en tige de 11 mm et se remplacent sans outil. Sur parquet, les roulettes à bandage souple évitent les marques.

Le revêtement synthétique s’écaille sur les zones de frottement. Une housse de siège prolonge l’aspect, sans rien régler mécaniquement.

Le mécanisme de basculement prend du jeu et grince. Le resserrage annuel de la visserie sous l’assise règle la moitié des grincements.

Le croisillon, la pièce en étoile à cinq branches, casse rarement mais casse mal. Les croisillons en nylon des modèles économiques fatiguent sous les fortes charges ; ceux en aluminium ou en acier durent. C’est un critère de choix invisible sur les photos.

Cette hiérarchie des pannes plaide pour un critère peu médiatisé : la disponibilité des pièces détachées. Un fabricant qui vend un vérin, un croisillon et des roulettes à l’unité propose un siège réparable ; un modèle sans référence identifiable devient un déchet dès la première panne. Le raisonnement rejoint celui développé dans notre article sur les meubles low tech, sobriété et durabilité.

Ce qu’aucun siège ne peut faire

Aucune chaise ne compense l’immobilité. Les recommandations de prévention des troubles musculosquelettiques insistent sur l’alternance des postures et sur les pauses actives, pas sur la recherche d’une position parfaite maintenue toute la journée. Le SECO relaie d’ailleurs les campagnes sur le mode de vie sédentaire et l’importance de se lever régulièrement.

Aucune chaise ne corrige un plan de travail à la mauvaise hauteur. Si le bureau est trop haut, remonter le siège fait décoller les pieds et il faut un repose-pieds ; s’il est trop bas, on se penche. La hauteur du bureau et celle du siège se règlent ensemble, et un plateau réglable règle beaucoup de problèmes, comme le montre notre article sur le bureau assis-debout, santé et productivité.

Aucune chaise ne rattrape un écran mal placé. Le haut de l’écran à hauteur des yeux, à une distance de bras, évite la flexion cervicale prolongée qui provoque les douleurs de nuque attribuées à tort au siège.

Aucune chaise n’est universelle. Les gabarits varient, et un siège excellent pour une personne d'1,85 m peut être inutilisable pour quelqu’un d'1,55 m. C’est la raison pour laquelle l’essai physique reste supérieur à n’importe quel test en ligne.

Les options technologiques, triées par utilité réelle

Les catalogues mettent en avant des fonctions qui relèvent parfois du confort, parfois de l’argument de vente. Un tri s’impose.

Le module de massage vibrant alimenté par USB produit une vibration, pas un massage. L’effet est sensible les premières semaines, puis devient anecdotique. La pièce ajoute un câble, un boîtier de commande et un point de panne dans le dossier. Ce n’est pas un critère de choix.

Le dossier chauffant a un usage réel dans une pièce fraîche, mais il chauffe surtout la surface de contact, ce qui augmente la transpiration sur un revêtement synthétique. Sur un siège en tissu, l’effet est plus agréable.

Les haut-parleurs intégrés dans le dossier posent un problème de principe : la source sonore bouge avec le siège et se trouve derrière la tête, ce qui est la pire position pour une image stéréo. Un casque ou des enceintes posées font mieux pour moins cher.

Le support lombaire à réglage motorisé est le seul de la liste qui touche à l’ergonomie. Il permet un ajustement fin sans se lever, ce qui a du sens pour quelqu’un qui alterne les postures. Il ajoute néanmoins un moteur et une électronique dans une pièce très sollicitée mécaniquement.

La règle générale : chaque fonction électrique ajoutée dans un siège est un composant supplémentaire susceptible de tomber en panne avant le siège lui-même, et rarement remplaçable séparément. Sur un produit dont la durée de vie utile devrait dépasser huit ans, cela pèse.

Le siège dans son environnement

Un siège s’évalue avec le reste du poste, pas isolément.

Le sol détermine le type de roulettes. Les roulettes dures conviennent à la moquette et rayent le parquet ; les roulettes à bandage souple font l’inverse. Un tapis de protection résout la question mais ajoute un relief au sol.

La hauteur du plan de travail se coordonne avec celle du siège. Le repère habituel place les coudes à peu près au niveau du plateau, avant-bras proches de l’horizontale. Sur un bureau fixe trop haut, la seule solution correcte consiste à remonter le siège et à ajouter un repose-pieds, jamais à travailler épaules remontées.

L’éclairage influe sur la posture bien plus qu’on ne le croit. Un écran mal éclairé ou en reflet pousse à avancer la tête, et cette avancée cervicale génère les douleurs souvent imputées au dossier. Nos articles sur l’éclairage du poste de travail et sur les meubles pour gamers traitent l’ensemble du poste.

L’espace derrière le siège compte aussi. Un dossier haut inclinable a besoin de 25 à 30 cm de recul pour basculer. Contre un mur, le mécanisme reste inutilisé.

Comment choisir en pratique

Essayez, au moins vingt minutes et pas trente secondes. L’inconfort d’une assise trop profonde ou d’un dossier mal cambré n’apparaît pas immédiatement.

Vérifiez la plage de hauteur d’assise contre votre taille avant tout autre critère. C’est le filtre qui élimine le plus de modèles.

Exigez la mention d’une norme. La conformité à l’EN 1335 est vérifiable et engage le fabricant.

Regardez la profondeur d’assise réglable. C’est ce qui sépare le plus souvent un siège de travail d’un fauteuil d’apparence sportive.

Demandez la disponibilité du vérin, du croisillon et des roulettes en pièces détachées.

Considérez l’alternative. Un siège de bureau normé de gamme moyenne offre souvent plus de réglages utiles qu’une chaise gaming du même prix, dont une part du budget est passée dans le style. Les critères de réglage détaillés figurent dans notre guide sur le réglage idéal d’une chaise ergonomique, et les arbitrages d’aménagement complet dans notre comparatif des fauteuils ergonomiques pour le télétravail.

Sources