Meubles pour gamers : ergonomie et esthétique
Meubles pour gamers : ergonomie et esthétique
Le siège gaming à haut dossier, coques rigides et coussins cervicaux, s’inspire des baquets automobiles, une forme conçue pour maintenir un corps soumis à des accélérations latérales. Assis devant un écran, personne ne subit d’accélération latérale. Les critères qui comptent réellement pour une session de cinq heures sont ceux que la Suva liste pour les sièges de travail, et ils n’ont rien de spectaculaire.
Selon la brochure d’ergonomie de la Suva, référence 44075, un bon siège se reconnaît à quelques équipements de base : un piètement à cinq branches, des roulettes adaptées à la dureté du revêtement du sol, une assise réglable en hauteur selon la taille de l’utilisateur et le niveau du plan de travail, un dossier inclinable et réglable en hauteur avec appui lombaire, et un rembourrage et un revêtement adaptés aux besoins du poste. La brochure ajoute une précision utile sur le dossier : pour stimuler la musculature dorsale, mieux vaut un dossier court dont le bord supérieur se termine à mi-hauteur des omoplates.
Cette dernière phrase contredit frontalement le design des sièges gaming à dossier intégral. Ce guide part de ces critères vérifiables, donne les hauteurs normatives, puis traite l’esthétique pour ce qu’elle est : un choix personnel légitime qui ne doit pas se payer en douleurs cervicales.
Les hauteurs, chiffrées
Le plan de travail
SN EN 527-1:2011, reprise en Suisse par l’Association suisse de normalisation, fixe les dimensions des tables de travail de bureau destinées aux tâches à réaliser en position assise, assise-debout ou debout. Elle ne fixe ni les dimensions des tiroirs ni celles des autres tables situées dans la zone d’activité.
La Suva donne le calcul pratique dans sa brochure 44075. Selon la norme SN EN ISO 14738, il faudrait prévoir un espace de 72 cm sous le plan de travail pour garantir une liberté de mouvement suffisante au niveau des jambes pour une personne de grande taille. En supposant un plateau de 3 cm d’épaisseur, le plan de travail doit donc se trouver à 75 cm au-dessus du plancher.
Ce chiffre de 75 cm mérite d’être confronté à la réalité du marché. La plupart des bureaux gaming fixes sont vendus à 75 cm de hauteur de plateau, ce qui convient à une personne d’environ 1,80 m. Pour une personne de 1,65 m, cette hauteur est trop élevée et impose de relever les épaules ou de lever les avant-bras, sauf si l’assise est montée en compensation, ce qui décolle alors les pieds du sol.
La Suva règle ce point avec un ordre d’opérations précis. Si le plan de travail est réglable, on part du siège : dossier vertical, occuper toute la surface de l’assise, régler la hauteur du siège pour que les genoux forment un angle droit et que les pieds soient posés à plat, puis adapter le plan de travail à la hauteur du coude. Si le plan de travail n’est pas réglable, on inverse : on règle le siège pour que les coudes soient à la bonne hauteur, puis on installe un repose-pied si les pieds ne touchent plus le sol. La Suva précise les caractéristiques de ce repose-pied : un support stable muni d’un plateau de 40 x 50 cm au minimum, dont la hauteur et l’inclinaison doivent pouvoir être aisément et rapidement modifiées.
Un point de méthode important : la hauteur du coude sert de référence, et elle se relève décontracté, mains sur les cuisses, coudes formant un léger angle droit. Pour un usage clavier, le bord supérieur du plan de travail doit se situer à la même hauteur que ce point de référence du coude.
Un bureau réglable change la donne
Un bureau à réglage électrique résout le problème de la hauteur fixe et permet d’alterner assis et debout. La Suva relève que l’alternance des travaux assis et debout accroît la mobilité et évite les effets néfastes des postures statiques, et que plus la plage de réglage est importante, plus la marge de flexibilité est grande.
En pratique, pour du jeu, l’intérêt de la position debout est réel sur les phases non compétitives, moins sur celles qui demandent de la précision au clavier et à la souris. Le vrai gain est ailleurs : le réglage permet d’obtenir exactement la hauteur qui convient à votre morphologie, une fois pour toutes. Nos observations sur les bureaux assis-debout détaillent ce que le réglage apporte et ce qu’il n’apporte pas.
Le siège
SN EN 1335-1:2020 spécifie les dimensions de quatre types de sièges de travail de bureau ainsi que les méthodes de mesure correspondantes, et ne s’applique pas aux sièges pour enfants, pour lesquels une norme européenne distincte existe. Ses annexes informatives couvrent les justifications relatives aux dimensions, les propositions de dimensions pour les repose-tête et les incertitudes de mesure. Cette version a été remplacée par SN EN 1335-1+A1:2022.
Deux conséquences pour l’acheteur. D’abord, la mention EN 1335-1 sur une fiche produit renvoie à des dimensions et à des méthodes de mesure, pas à un niveau de confort. Elle indique néanmoins que le fabricant s’est situé dans un référentiel professionnel, ce qui n’est pas le cas de la plupart des sièges gaming. Ensuite, cette norme ne s’applique pas aux sièges pour enfants : un siège gaming acheté pour un adolescent de douze ans dans une taille adulte n’est adapté à aucun des deux référentiels.
Chaise gaming ou siège de bureau
La comparaison mérite d’être faite point par point, sans parti pris.
Le dossier. Les sièges gaming ont un dossier intégral, souvent avec repose-tête. La Suva recommande à l’inverse un dossier court se terminant à mi-hauteur des omoplates, pour permettre d’abaisser les épaules et de les étirer légèrement en arrière, ce qui stimule la musculature dorsale. Un dossier haut invite à s’adosser complètement et supprime cette sollicitation. En session longue, ce n’est pas neutre.
Le soutien lombaire. Les sièges gaming fournissent généralement un coussin lombaire amovible attaché par des sangles. Il glisse et sa position ne se règle pas finement. Un siège de bureau de bonne facture propose un appui lombaire intégré réglable en hauteur. La Suva précise l’objectif : l’appui lombaire doit être placé au niveau de la partie supérieure du bassin, ni trop haut ni trop bas, sous peine de douleurs et de pressions inconfortables.
L’assise. Les baquets gaming ont des bords latéraux relevés qui contraignent la position et gênent quand on veut s’asseoir en tailleur ou de biais. Les assises plates de bureau autorisent plus de variations de posture, ce qui est un avantage sur cinq heures.
Le mécanisme. Beaucoup de sièges gaming se limitent à un basculement global du dossier avec blocage. Un mécanisme synchrone accompagne le mouvement du dos avec une résistance réglable selon le poids, ce que la Suva décrit comme équipement de base de nombreux sièges. La brochure nuance toutefois l’efficacité de l’assise dynamique, qui reste limitée, et rappelle un point plus important : il faut éviter les stations assises prolongées, même dans une posture saine, car les disques intervertébraux sont mieux irrigués lorsque la colonne vertébrale est en mouvement.
Le revêtement. Le similicuir des sièges gaming ne respire pas et devient inconfortable en été. Le tissu maillé ou le tissu technique des sièges de bureau évacuent mieux la transpiration.
Le verdict honnête : un siège gaming haut de gamme vaut mieux qu’un siège de bureau bas de gamme, et l’inverse est vrai aussi. Le critère décisif n’est pas la catégorie marketing mais la présence effective des équipements listés par la Suva. Nos comparaisons sur les fauteuils ergonomiques pour le télétravail et sur les tendances de la chaise de bureau gaming approfondissent ce choix, et notre guide du réglage idéal d’une chaise ergonomique donne la procédure complète.
Les roulettes, détail qui compte
La Suva formule une règle simple et contre-intuitive : la dureté des roulettes se choisit en fonction de la dureté du sol, avec des roulettes dures pour les sols mous et des roulettes molles pour les sols durs. Elle en donne la raison. Sur sol dur, les sièges à roulettes dures peuvent partir en roulant lorsqu’on se lève, avec un risque de chute par dérobement. Sur moquette, les sièges à roulettes molles sont très difficiles à déplacer.
La plupart des sièges, gaming ou bureau, sont livrés avec des roulettes dures en polyamide noir, conçues pour la moquette de bureau. Sur un parquet ou un stratifié de chambre, elles rayent et fuient. Le remplacement par des roulettes tendres coûte peu et change réellement le confort d’usage. Notre guide du choix des roulettes donne les diamètres et les types de tige.
La Suva ajoute une contrainte pour les sièges hauts : par mesure de sécurité, ceux dont l’assise se règle à plus de 65 cm doivent être dépourvus de roulettes en raison du risque de basculement lié à un centre de gravité trop élevé, des roulettes autobloquantes en état de charge restant autorisées, et ils doivent être équipés d’un marchepied circulaire ou longitudinal. Ce point concerne les tabourets hauts parfois utilisés devant un setup surélevé.
La tête, l’écran et le cou
C’est le sujet le plus important pour le jeu, et le plus mal traité par le mobilier gaming.
La Suva rappelle que le maintien de la tête est influencé par le buste, qu’en position normale la tête est légèrement inclinée en avant, et que les flexions exagérément longues ou répétitives, en avant comme en arrière, les flexions latérales prolongées et les rotations de la tête peuvent causer des douleurs musculaires ou articulaires. Elle observe que pour les travaux à l’ordinateur ou sur écran de contrôle, la tête est souvent exagérément tendue en avant ou inclinée en arrière, et que des lunettes inappropriées sont parfois à l’origine d’une mauvaise posture de la tête. Elle précise que les demi-lunettes de lecture et les verres à double foyer destinés à corriger la presbytie ne conviennent pas aux travaux à l’ordinateur.
Trois décisions pratiques en découlent.
Un écran trop haut fait basculer la tête en arrière. Un écran posé sur un pied d’origine, sur un bureau à 75 cm, place souvent son centre trop haut. Un bras d’écran ou un support permet de le descendre, et le bord supérieur de la dalle devrait se situer approximativement au niveau des yeux ou légèrement en dessous.
Un écran trop bas, cas typique du portable posé directement sur le bureau, impose une flexion prolongée du cou. Un support de portable combiné à un clavier externe règle le problème.
Une configuration multi-écrans induit des rotations répétées de la tête. Placez l’écran principal droit devant, jamais en biais, et réservez les écrans latéraux à l’affichage secondaire.
Sur les lunettes, ce point mérite d’être pris au sérieux pour les joueurs presbytes : un verre progressif classique n’a pas la zone de netteté adaptée à une distance d’écran, et la compensation se fait par une extension du cou.
Rangement, câbles et sécurité électrique
Un poste de jeu concentre facilement dix appareils, ce qui pose deux problèmes concrets.
Le premier est la charge électrique. L’empilement de blocs multiprises en cascade est à éviter, et une multiprise unique de qualité, reliée directement à une prise murale, est préférable. Un ordinateur de jeu, deux écrans, une box, un ampli audio et un éclairage décoratif ne posent pas de problème sur un circuit domestique normal, mais l’ajout d’un radiateur d’appoint sur la même multiprise en pose un.
Le second est le passage des câbles. Un câble qui traverse une zone de circulation est un risque de chute et un risque d’arrachement de connecteur. Les solutions sont simples : chemin de câbles sous le plateau, gaine textile, colliers réutilisables, et une longueur de mou suffisante pour un bureau réglable en hauteur, ce qui est l’erreur la plus fréquente sur ces bureaux : un câble tendu en position basse s’arrache en position haute.
Pour le rangement, la logique dépend de l’équipement. Une tour posée au sol prend la poussière et perd en refroidissement, ce qui plaide pour un support surélevé de quelques centimètres. Les périphériques de rechange, câbles et manettes se rangent mieux dans un caisson mobile que dans des tiroirs de bureau, sujet traité dans nos repères sur les casiers modulaires et les petits meubles de rangement.
Éclairage : au-delà du RVB
L’éclairage décoratif coloré fait partie de l’identité visuelle du gaming, et il n’y a rien à y objecter. Il ne remplace en revanche pas un éclairage fonctionnel.
Deux principes suffisent. Le contraste entre l’écran et son environnement doit rester modéré : un écran lumineux dans une pièce entièrement sombre fatigue les yeux. Un éclairage indirect derrière l’écran, dirigé vers le mur, réduit ce contraste sans créer de reflet.
Aucune source lumineuse ne doit se refléter dans la dalle. Cela concerne les luminaires au plafond, les fenêtres derrière le joueur et les bandes lumineuses mal orientées.
Pour la partie technique, deux points valent d’être connus. Le scintillement d’un ruban LED mal gradué est fatigant sur des sessions longues, sujet développé dans notre article sur le choix d’un variateur compatible LED. Et une température de couleur froide en soirée retarde l’endormissement, ce que nous détaillons dans notre article sur l’éclairage circadien. Nos observations sur l’éclairage indirect s’appliquent directement à un setup.
Acoustique et voisinage
Un poste de jeu produit du bruit, et un logement suisse standard n’isole pas beaucoup.
Le bruit émis se traite d’abord à la source : un casque plutôt qu’un système d’enceintes en soirée, et un ventilateur de boîtier de qualité plutôt qu’un modèle bruyant à haut régime.
Le bruit reçu, celui qui gêne la concentration, se traite par des surfaces absorbantes. Un tapis, des rideaux épais et une bibliothèque garnie de livres font plus qu’un panneau acoustique isolé mal placé. Nos repères sur les bureaux acoustiques et sur les cabines acoustiques traitent les cas où l’isolation devient une vraie contrainte.
Un point souvent oublié : le bruit de structure. Un fauteuil à roulettes dures sur un parquet flottant transmet un roulement sourd aux voisins du dessous, en particulier le soir. Là encore, des roulettes tendres améliorent nettement la situation.
Le cadre légal, pour un poste professionnel
Si le setup sert à une activité professionnelle, du télétravail ou du streaming à titre lucratif, un cadre juridique s’applique.
La brochure de la Suva cite l’article 2 de l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, qui oblige l’employeur à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer et améliorer la protection de la santé, en faisant en sorte notamment que les conditions de travail soient bonnes en matière d’ergonomie et d’hygiène, et que des efforts excessifs ou trop répétitifs soient évités. Elle cite également l’article 24, selon lequel l’espace libre autour des postes de travail doit être suffisant pour permettre aux travailleurs de se mouvoir librement, les postes de travail permanents doivent être conçus de façon à permettre une position naturelle du corps, les sièges doivent être confortables et adaptés au travail à effectuer ainsi qu’au travailleur, et des accoudoirs et repose-pieds doivent être installés au besoin. Elle rappelle enfin l’article 32a de l’ordonnance sur la prévention des accidents, selon lequel les équipements de travail doivent être installés et intégrés dans l’environnement de travail de telle sorte que la sécurité et la santé des travailleurs soient garanties.
Pour un joueur privé, ces textes ne s’imposent pas. Ils indiquent en revanche ce que le législateur suisse considère comme le minimum acceptable pour huit heures de travail assis, et une session de jeu de cinq heures sollicite le corps de manière comparable. Nos repères sur le mobilier de bureau professionnel ergonomique couvrent les exigences applicables aux entreprises.
L’esthétique, sans compromis sur la posture
Rien n’oblige à choisir entre un setup qui a du caractère et un poste qui ménage le dos. Trois pistes fonctionnent.
Le bureau en bois massif ou en panneau plaqué de qualité, avec un piètement métallique noir, tient visuellement dans une chambre et vieillit mieux qu’un plateau imprimé fibre de carbone. Il accepte aussi un tapis de souris pleine surface, qui unifie l’ensemble.
Le siège de bureau contemporain à dossier maillé noir passe partout et satisfait les critères de la Suva. L’identité gaming peut se porter sur l’éclairage, les périphériques et le mur derrière l’écran plutôt que sur le siège.
Le rangement fermé change radicalement l’aspect d’un setup. Un caisson qui absorbe les câbles de rechange, les boîtiers et les manettes fait plus pour l’allure d’une pièce que n’importe quel accessoire décoratif.
Pour une chambre d’adolescent, où le poste de jeu cohabite avec le lit et le travail scolaire, nos repères sur le mobilier multifonction pour chambre d’adolescent traitent l’organisation de l’ensemble.
Huit vérifications avant d’acheter
- Hauteur du plan de travail : 75 cm pour un plateau de 3 cm, ou réglable, avec 72 cm de dégagement libre pour les jambes.
- Siège doté d’un piètement à cinq branches, d’une assise réglable et d’un appui lombaire réglable en hauteur.
- Hauteur d’assise permettant les genoux à angle droit et les pieds à plat, sinon repose-pied de 40 x 50 cm au minimum.
- Dossier permettant d’abaisser les épaules, plutôt qu’un dossier intégral qui invite à s’avachir.
- Roulettes adaptées au sol : tendres sur parquet et stratifié, dures sur moquette.
- Bord supérieur de l’écran au niveau des yeux ou légèrement en dessous, écran principal droit devant.
- Multiprise unique de qualité, sans cascade, et longueur de câble suffisante en position haute pour un bureau réglable.
- Éclairage d’ambiance indirect sans reflet sur la dalle, avec une teinte chaude en soirée.
Le matériel gaming a beaucoup progressé sur les périphériques et sur les écrans. Sur les sièges, la promesse ergonomique reste souvent en retard sur le marketing, et les critères publiés gratuitement par la Suva permettent de trancher en quelques minutes en magasin. Cela ne coûte rien et évite de payer un dossier baquet pour une position qui n’en a jamais eu besoin.
Sources
- Suva, Position assise ou debout, aménagement ergonomique des postes de travail, référence 44075.f, édition juin 2014 : équipements de base d’un siège, procédure de réglage, hauteur de 75 cm et dégagement de 72 cm selon SN EN ISO 14738, repose-pied de 40 x 50 cm, dureté des roulettes, sièges réglables au-delà de 65 cm, maintien de la tête, et bases légales OLT 3 articles 2 et 24 et OPA article 32a.
- Association suisse de normalisation, SN EN 527-1:2011, mobilier de bureau, tables de travail, dimensions, publiée le 1er août 2011.
- Association suisse de normalisation, SN EN 1335-1:2020, mobilier de bureau, sièges de travail, dimensions, publiée le 1er octobre 2020, remplacée par SN EN 1335-1+A1:2022, ne s’applique pas aux sièges pour enfants.